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Dans le #luxe la tendance est au #vert | In #luxury business, the trend turns on #Green | @Gucci @LVMH @COP21

FROM CAROLINE ROUSSEAU | LE MONDE | 17 FEVRIER 2017
 

LES MARQUES HAUT DE GAMME PARLENT ENCORE PEU DE DÉVELOPPEMENT DURABLE, MAIS LES GRANDS GROUPES QUI LES ABRITENT, COMME LVMH ET KERING, COMMENCENT A EXPLIQUER LEURS ACTIONS ET A AVANCER DES RÉSULTATS.

Le 9  février s'est ouvert à New York le long tunnel des Fashion Weeks qui, après Londres et Milan, s'achèvera à Paris le 7  mars au soir. Un mois frénétique où il sera question de l'automne-hiver 2017-2018, de silhouettes, de directeurs artistiques, de stars et starlettes au premier rang… En tendant l'oreille, on entendra peut-être quelques acheteurs évoquer les niveaux de prix délirants ou la baisse de fréquentation des boutiques, mais personne ne parlera " gaz à effet de serre ", " empreinte carbone ", " traitement des eaux usées "…

La mode s'accommode mal de ce vocabulaire et des catastrophes qu'il suggère. Pourtant, les deux géants du CAC 40 que sont LVMH (37,6  milliards d'euros de chiffre d'affaires) et Kering (11,5  milliards) – ils représentent à eux seuls une trentaine de marques de luxe et de mode parmi les plus influentes au monde – commencent à s'exprimer sur les actions qu'ils mènent en matière de protection de l'environnement, de façon désormais plus structurée.

Si le groupe de Bernard Arnault s'intéresse depuis vingt ans aux questions d'empreinte environnementale sous la houlette de -Sylvie Bénard, directrice environnement de LVMH, à la tête d'un service de onze personnes, son programme LIFE (LVMH Initiatives For En-vironnement) n'est apparu qu'en  2013. Des vins et spiritueux aux marques de mode et parfums (Guerlain est en pointe dans ce domaine) jusqu'à la distribution (notamment Sephora), tout le monde est sensibilisé. Cela a permis à LVMH d'annoncer les premiers résultats du fonds -carbone qu'il a mis en place en interne en janvier  2016 : depuis un an, à chaque fois qu'une maison émet une tonne de gaz à effet de serre, elle doit investir 15  euros dans des projets innovants permettant justement de limiter ces émissions. En novembre dernier, le fonds avait récolté 6  millions d'euros.

" La préservation des ressources naturelles est une priorité inscrite au budget de LVMH ", souligne Sylvie Bénard. En  2016, le montant consolidé des dépenses liées à la protection de l'environnement a atteint 23,8  millions d'euros (13,5  millions de charges d'exploitation et 10,3  millions d'investissements). Un total qui comprend aussi les dépenses indirectes liées notamment à la haute qualité environnementale des bâtiments, à la formation technique des équipes ou au mécénat environnemental.

Chez Kering, François-Henri Pinault a pris le sujet en main et prêche personnellement la bonne parole auprès de ses présidents de marques (Gucci, Bottega Veneta, Yves Saint Laurent, Balenciaga…). " Le développement durable, ce n'est pas seulement une responsabilité et une nécessité, c'est une opportunité d'innover, de créer de la valeur à travers de nouveaux modes d'organisation et, en fin de compte, de bâtir un modèle d'affaires plus pérenne, défend le PDG. Le luxe, qui a cette capacité à lancer les tendances, a une responsabilité majeure dans ce domaine… "

" QUELQUE CHOSE AVEC LA COP 21 "

Le groupe s'est doté en  2012 d'un comité développement durable au niveau de son conseil d'administration. Il publie depuis 2015 un compte de résultat environnemental (Environmental Profit &  Loss) concernant 100  % de ses marques. Parmi elles, Stella McCartney, pionnière du luxe durable, qui a fait du zéro cuir et zéro fourrure sa marque de fabrique, publie son propre compte de résultat environnemental depuis l'an dernier. L'occasion pour la styliste de communiquer sur une réduction de 35  % de son empreinte environnementale sur ses approvisionnements " matières " entre 2013 et 2015.

" Les analystes s'intéressent de plus en plus à la façon dont les entreprises abordent les questions de développement durable car elles font partie intégrante du risk management. Il est important de comprendre que si nos convictions sont sincères, cela ne nous empêche pas de raisonner en tant que groupe coté : on y croit, et c'est bon pour le business ", précise Marie-Claire Daveu, directrice du développement durable chez Kering, dont le service bénéficie d'un budget annuel de 10  millions d'euros. Le groupe indexe d'ailleurs les bonus de ses PDG sur leurs performances environnementales.

" Il s'est passé quelque chose avec la COP 21, et quelles que soient ses motivations, le monde de l'entreprise s'intéresse davantage à ces enjeux, décode Sylvain Lambert, associé responsable du développement durable chez PwC. Au départ, en  1993, nous étions deux pour tout le cabinet d'audit. Maintenant, nous sommes 40 en France et 800 dans le monde répartis dans 65  pays, explique-t-il. Ce qui est frappant aussi, c'est l'intérêt -croissant depuis 2010 du capital investissement pour les entreprises à la croissance éco-compatible. En quinze ans, le luxe a mesuré les effets potentiellement négatifs d'une mauvaise prise en compte de ces enjeux qui peuvent ruiner l'image d'une marque. Mais il y a aussi une donnée concrète : l'échéance approche. Quand, au Sommet de la Terre à Rio, en  1992, on parlait de l'épuisement des ressources minières ou agricoles dont dépend cette industrie, la perspective de 2030 ou 2050 semblait bien lointaine… Pour ces maisons de luxe encore patrimoniales, l'idée de pérennité et la notion de transmission de l'entreprise sont cruciales, elles ont donc anticipé. Heureusement, car 2030 c'est demain… "

 

En présentant le 25  janvier sa stratégie de développement durable, Kering s'est fixé des objectifs à l'horizon de 2025, dont celui de créer un index de développement durable de ses fournisseurs. Ses efforts de pédagogie sont réels. Dernier outil en date développé en marque blanche et gratuit : l'application My EP &  L, pour " My Environmental Profit &  Loss ", lancée à la fin 2016. Evidemment, ce n'est pas Candy Crush et elle s'adresse davantage aux étudiants des écoles de mode qu'au consommateur. Mais elle permet de visualiser en quatre étapes simples l'impact environnemental d'un produit, des matières premières qui le composent à sa finition. Pour une veste en laine (Nouvelle-Zélande), doublure en coton organique (Turquie), boutons thermoplastiques (Chine), fabriquée en Europe, l'impact est estimé à 13  euros. Ainsi -informé, un styliste en herbe pourra choisir l'option la moins nocive pour la planète en quelques secondes. Gadget ? Pas si sûr… " Il est important que ce que nous faisons soit en open source, car nous n'arriverons à rien tout seuls et sans convaincre chacun des acteurs de la filière, sur l'ensemble de la chaîne ", fait valoir Marie-Claire Daveu.

Le 30  janvier à Paris, dix-neuf banques et investisseurs internationaux ont présenté leurs " Principes pour le financement à impact positif ", une sorte de charte pour -atteindre les Objectifs du développement durable (ODD) fixés par l'ONU. Leur idée est qu'il faut mettre en place des processus et des méthodologies d'évaluation trans-parentes tout en essayant de combler les -lacunes actuelles du financement du -développement durable.

LA TRANSPARENCE, CRITERE COMPLEXE

Répondre à ce programme qui vise à éradiquer la pauvreté, à lutter contre le changement climatique et à protéger l'environnement, " devrait coûter entre 5 000  et 7 000  milliards de dollars par an à l'horizon 2030, estime Eric Usher, directeur de l'initiative de collaboration de l'ONU Environnement avec le secteur financier. Les “Principes pour le financement à impact positif” vont nous permettre de diriger les centaines de milliers de milliards de dollars gérés par les banques et les investisseurs vers des projets propres, à faible émission carbone ", se réjouit-il.

La transparence est certainement le critère le plus complexe à intégrer pour les marques du secteur. " Comme monsieur Jourdain avec la prose, le luxe fait du développement durable sans le savoir et depuis toujours, affirme Elisabeth Ponsolle des Portes, déléguée générale du Comité Colbert, qui regroupe 81  maisons. Les valeurs du développement durable sont consubstantielles aux grandes maisons françaises : elles travaillent par nature à la pérennité de leurs produits, au respect des métiers, des savoir-faire et des hommes, à la préservation des matières premières… " Mais le dire est une autre histoire. Chanel travaille ainsi à faire du développement durable une réalité partagée par ses collaborateurs et fournisseurs, sans en faire un axe de communication. Hermès a nommé un directeur du développement durable qui veille au grain, mais sans se départir de la discrétion légendaire de la maison. Doucement, pourtant, même les plus taiseux, comme le suisse Richemont, sortent de leur réserve, et 2017 devrait voir de nombreuses marques s'exprimer sur le sujet.

Si la parole était restreinte jusque-là, c'est qu'au royaume du luxe, avouer ses faiblesses reste difficile. " Le développement durable est un travail long où la perfection n'est jamais atteinte, explique Barbara Coignet, fondatrice de 1.618, agence d'événement et de conseil autour du luxe durable. Des -griffes très connues nous contactent pour revoir complètement leur positionnement et s'inscrire dans ce mouvement, persuadées aujourd'hui de la croissance qu'il peut -générer dans un avenir proche. "

 

 

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