L'#insécurité et la #consommation de produits de #luxe : vrai ou faux problème ? [@adetem] (15/11/2016)

Deux études de Promise Consulting analysées par Philippe Jourdan et Jean-Claude Pacitto apportent un éclairage intéressant sur la relation entre insécurité perçue et les moindres usage et consommation de produits de luxe.

Editorial paru dans Cosmétique Mag Hebdo, 14 novembre 2016.

Par Philippe Jourdan, associé de Promise Consulting et professeur des Universités, et Jean-Claude Pacitto, maître de conférences et chercheur associé à l'ESSCA.

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La récente actualité du braquage de Kim Kardashian auquel font écho d’autres cambriolages effectués en plein jour place Vendôme ou rue de la Paix relance le débat sur l’insécurité des biens des personnes sur notre territoire. On peut sur le même sujet souligner l’angoisse de la communauté chinoise, particulièrement visée en raison de la détention supposée d’argent liquide en quantités par ses résidents et ses touristes. Alors l’insécurité est-elle un faux débat s’agissant des achats de luxe en France ? S’agit-il d’une réalité fantasmée, exagérée par les média, sans conséquence sur le désir d’achat des produits de luxe. Deux études récentes nous apportent un éclairage intéressant.

En dehors du caractère douloureux de ces affaires, force est de constater que l’impact sur l’opinion ne peut être tenue pour négligeable, car si l’affaire Kardashian est « un acte très rare survenu dans un espace privé » selon les propos malheureux de la Maire de Paris, c’est négliger l’effet cumulatif sur l’opinion d’un fait divers qui succède à d’autres (sans compter le maintien de l’état d’urgence dans notre pays). C’est aussi faire fi de la popularité de la star sur les réseaux sociaux. Insécurité réelle ou perçue ? Acte de violence généralisée ou circonscrit ? Là n’est pas le problème. En matière d’opinion, ce qui compte c’est, d’une part, la perception du grand public et, d’autre part, le poids des politiques. Interrogé immédiatement après l’affaire Kardashian, 35% des habitants de Paris et de l’Ile de France ont exprimé leur crainte d’une nouvelle chute de l’activité touristique (et 42% des catégories socioprofessionnelles supérieures)[1]. On peut certes espérer qu’ils se trompent, car inquiétude ne vaut pas nécessairement prévision et nul n’est Pythie en la matière ! On peut aussi penser qu’en matière de tourisme, seule l’opinion des touristes étrangers comptent au final. Or, à cet égard, plusieurs faits méritent d’être rappelés. Les Chinois fortunés achètent pour l’essentiel en dehors de la Chine continentale pour plus de 70% de leurs achats. Or ils boudent aujourd’hui notre Capitale avec un repli de l’ordre de 20% sur le premier semestre 2016, les autorités chinoises n’ayant pas manqué de se faire le relais du climat d’insécurité à l’encontre de la communauté chinoise en France, qui se surimpose – répétons-le – au maintien de l’état d’urgence. S’agissant des Américains, le repli est moindre (5,7% sur la même période), ces derniers se déplaçant comparativement moins en Europe et effectuant l’essentiel de leurs achats de produits de luxe dans leur propre pays (83%). Mais c’est oublier que Paris est une référence obligée dans l’univers de la mode et du luxe, du fait du rayonnement de nos plus grandes marques (Chanel, Dior, Louis Vuitton, etc.), que la Fashion Week s’inscrit dans une concurrence exacerbée avec d’autres Capitales (Milan et New-York en particulier), et que pour la clientèle américaine, la sécurité des biens et des personnes est une liberté fondamentale avec laquelle elle ne transige pas, ainsi que l’atteste l’âpreté des débats au cœur des élections présidentielles américaines.

Mais le climat d’insécurité a également un impact plus pernicieux, car rarement évoqué sinon quantifié : l’insécurité est un frein à la consommation de produits de luxe car il en raréfie les occasions d’usage. Le désir d’acheter ou de racheter – au-delà de la possibilité financière de le faire- est conditionné d’un point de vue psychologique par l’envie, le besoin, la non saturation, la pression sociale, etc. S’y ajoute le sentiment de sécurité, c’est-à-dire l’absence de crainte, fondée ou non, d’être dépossédé des biens acquis. Qu’en est-il pour les Français aujourd’hui ? Une étude récente[2] menée par notre Cabinet éclaire les comportements de nos concitoyens d’un jugement sans appel : environ une personne sur quatre déclare porter aujourd’hui moins souvent l’objet le plus précieux qu’elle possède s’agissant de vêtements, sacs, bijoux ou montres et la crainte des vols et des agressions est une raison majeure : cette crainte est particulièrement marquée s’agissant des bijoux (36%) , des sacs de marque (34%) et des montres (27%), devançant même les moyens de transport (motos, scooters et voitures). Le vol à l’arraché est donc bien une réalité perçue de nature à réfréner l’usage de produits de consommation de marque ou de luxe

En conclusion,  il convient de ne pas négliger le poids des facteurs psychologiques dans le choix des destinations touristiques ou bien dans l'usage, et partant l'envie, d'acheter ou de posséder des biens de consommation de luxe. Au-delà de la crise économique, l'envie d'acheter Avenue Montaigne ou Rue du Faubourg Saint Honoré ou bien encore Rive Gauche est dépendant d'un sentiment de sécurité, qui, pour subjectif qu'il soit, devrait plus fortement retenir l'attention des autorités en charge de la sécurité. L'achat de produits de luxe est fragile car il n'est nullement nécessaire mais tout juste désiré. C'est à maintenir ce désir que les acteurs du luxe, les professionnels du tourisme et les pouvoirs publics devraient ensemble se consacrer.


[1] Baromètre Promise Consulting.- 1.050 personnes interrogées en ligne entre le 03 et le 05 Octobre 2016.- Echantillon représentatif population française sur les critères de genre, d’âge, de région d’habitation, de catégories socioprofessionnelles.
[2] Ad Hoc Promise Consulting.- 1.050 personnes interrogées en ligne entre le 05 et le 08 Octobre 2016.- Echantillon représentatif population française sur les critères de genre, d’âge, de région d’habitation, de catégories socioprofessionnelles avec un boost sur les 15% de foyers aux revenus les plus élevés.

 

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